Benoît Félix (1969), artiste plasticien établi en région namuroise (Lustin); partant du dessin, il développe un travail qui met en jeu, avec les moyens simples au départ du papier, de l'encre de Chine, et d'une paire de ciseaux (puis d'autres matériaux et techniques dérivés), la ligne, le trait, ou le bord, comme les opérateurs d'une aventure chaque fois renouvelée, où l'espace de l'image, celui où le corps du spectateur se meut, et celui du sens deviennent le mouvement de leur subversion mutuelle. Les oeuvres qu'il présente à l'occasion de cette confrontation avec le travail de Félicien Rops sont issues d'un cycle appelé Rose-Peau-Prose/Couperose (selon Benoît Félix comme on dirait, par exemple, un deux trois piano). Ces oeuvres ont pour point de départ des images bien réelles, images de corps (circulant en toute liberté sur internet, mais aussi sur les panneaux publicitaires, dans les pharmacies et à tous les arrêts de bus ou feu rouge...), qu'il traite par ordinateur, imprime sur fibre de verre ou papier, et puis redéploie en volume, dans l'espave,ou bien, à plat, selin la règle du jeu qui opère dans l'ensemble de son travail en général. Des objets-corps émergent de ces manipulations; l'oeil les reçoit ccomme quelque chose qui ne peut manifestement pas être autre chose que du corps, mais en deçà ou au delà de la signification d'un corps. Corps du désir? Ils contaminent l'espace de notre corps à nous.Benoît Félix a exposé dernièrement à Bruxelles (Office d'art contemporain; La Vènerie; NKA * galerie), Rome (Senzatitolo), Asse (Buda galerie), et Breda (Lokaal 01); il présentera son travail aux Brasseurs à Liège en janvier prochain.
pourquoi fait-on l’amour en forme de cœur ?
d’abord ce devant quoi je tombe
(amoureux)
L’image est ce temps.
Le temps qui est l’écoulement découlerait de ce temps d’arrêt premier qui est l’image, comme une échappée
belle
Et si ça ne s’écoulait plus ? Si « voir » qui est cette chose qui vient boire à moi par mes yeux était soudain cette bête à n’en plus finir ? Arrêté sur image, je le serais soudain pour toujours (jusqu’à plus soif).
Une femme nue c’est l’image par excellence. Toute image est l’apparition de cette femme nue - même si elle ne le montre plus (comme une femme fait comme si elle n’était pas Cette femme tout à coup, pour celui à qui elle se montre nue - à moins qu’elle ait à faire en sorte, elle, de ne pas le savoir, çà ? Elle n’est pas sans le savoir. Déguisée en femme nue, elle sait bien l’effet qu’elle fait…)
- Tu lui en veux à la femme nue ?
Je lui veux quelque chose qui est une rupture dans la forme totale qu’elle m’impose de face comme ma réduction à une pierre : je cherche un bord, une arrête, la tranche du miroir, le trait marqué sur elle de quelque chose comme une première différence, qui me donne en retrait, tout à coup, là où je ne vois pas, ce que je cherche.
(Elle est une fente en elle et l’habit de cette fente)
La femme nue, plus qu’elle, est un trait tiré sur elle.
- C’est ça le savoir qu’elles détiennent en secret, les images ?
Oui, et chaque femme est la complice de ça. Dessiner naît de ce trait.
Je fabrique des images qui sont la naissance de l’image à partir du trait que je vois tiré sur elles.
Benoît Félix