
Benoît Félix (1969), Artiste plasticien établi en région Namuroise (Lustin) Nourri par la psychanalyse et les questions sur le langage, il développe un travail qu’il appelle « dessiner », où, pris à la lettre, le dessin se fait le lieu d’une aventure qui suit à la trace, en les développant dans l’espace, les événements dont il se découvre être le théâtre. Le dessin, donc, et ses avatars : comme l’installation ; et puis comme le cycle « rose peau prose / couperose » dont les œuvres pré-sentées à l’occasion de cette confrontation avec l’œuvre de Félicien Rops, sont issues.
Les travaux du cycle « rose peau prose / couperose » partent d’images de corps glanées dans les revues, publicités, affiches ou sur internet (Benoît Félix dit que nous en somme saturés) ; ces images, travaillées sur ordinateur (fragments de corps dupliqués et collés bord à bord à eux mêmes), sont ensuite imprimées sur papier, fibre de verre, ou bien réalisées en tant qu’affiches ; ces nouvelles images, une fois imprimée, sont à leur tour elles-même l’objet d’opérations où le bord fonctionne comme opérateur : ce peut être le bord de l’image (le bord d’elles, dit-il), ou bien les lèvres consécutives à une intervention au cutter ou aux ciseaux, de manière à obtenir, en fin de compte, un « objet-corps » en trois dimensions, qui vient faire comme irruption, dit-il, dans l’espace de notre corps à nous.
Benoît Félix travaille comme éducateur dans une maison psychiatrique pour enfants, son travail de plasticien relaie, dit-il, d’une manière qu’il peut difficilement définir, les questions et les problèmes que ces enfants soulèvent, dans leur rapport à l’autre, au corps et au langage.
pourquoi fait-on l’amour en forme de cœur ?
d’abord ce devant quoi je tombe
(amoureux)
L’image est ce temps.
Le temps qui est l’écoulement découlerait de ce temps d’arrêt premier qui est l’image, comme une échappée
belle
Et si ça ne s’écoulait plus ? Si « voir » qui est cette chose qui vient boire à moi par mes yeux était soudain cette bête à n’en plus finir ? Arrêté sur image, je le serais soudain pour toujours (jusqu’à plus soif).
Une femme nue c’est l’image par excellence. Toute image est l’apparition de cette femme nue - même si elle ne le montre plus (comme une femme fait comme si elle n’était pas Cette femme tout à coup, pour celui à qui elle se montre nue - à moins qu’elle ait à faire en sorte, elle, de ne pas le savoir, çà ? Elle n’est pas sans le savoir. Déguisée en femme nue, elle sait bien l’effet qu’elle fait…)
- Tu lui en veux à la femme nue ?
Je lui veux quelque chose qui est une rupture dans la forme totale qu’elle m’impose de face comme ma réduction à une pierre : je cherche un bord, une arrête, la tranche du miroir, le trait marqué sur elle de quelque chose comme une première différence, qui me donne en retrait, tout à coup, là où je ne vois pas, ce que je cherche.
(Elle est une fente en elle et l’habit de cette fente)
La femme nue, plus qu’elle, est un trait tiré sur elle.
- C’est ça le savoir qu’elles détiennent en secret, les images ?
Oui, et chaque femme est la complice de ça. Dessiner naît de ce trait.
Je fabrique des images qui sont la naissance de l’image à partir du trait que je vois tiré sur elles.
Benoît Félix