Accueil Le musee D'une oeuvre à l'autre
Plan du site Suite
Pornocratès, 1878
Pornocratès est l'oeuvre la plus connue de Félicien Rops. Nous vous en proposons une analyse de Véronique Leblanc

Picard avait insisté, après l’achat de La Tentation pour que Rops lui adresse le plus tôt possible in nouveau dessin. Stimulé, Rops composera son œuvre la plus connue, Pornocratès, et la proposera au collectionneur bruxellois. « Je considère ce dessin comme de tout premier ordre », lui répnd Picard le 3 avril 1879. « Assurément mon Saint Antoine est plus tragique, plus héroïque ; il éveille, sous son allure d’une originalité si contemporaine, des souvenirs de Dante, de Shakespeare, de Rubens. Mais que de grâce, d’élégance, de ferveur dans Pornocratès ! Ces tons de camée, ce dessin d’une délicatesse et d’un soin étonnants, font penser à l’antique sous cette même contemporanéité à laquelle vous excellez ». Picard trouvait par ailleurs beaucoup de dignité à « cette allégorie qui, en somme, est très triste sous son apparence érotique ».

L’analyse est fine. La référence à l’antique est évidente, dans le titre d’abord qui évoque la Grèce post-alexandrine et ses prostituées, dans la composition ensuite qui fait de cette femme une déesse intemporelle qui passe, indifférente au désespoir des « amours anciennes ». La Musique, la Poésie, la Peinture, les arts académiques, se lamentent, figés dans la pierre pendant que triomphe une femme moderne toute puissante et narquoise. Les colifichets dont elle est parée soulignent sa nudité et la rendent plus perverse encore. Dans sa marche conquérante, c’est le cochon qui donne le pas. Familier de l’œuvre de Rops et de celle de bien de ses contemporains, cet animal a une forte charge diabolique et érotique. Il est « créature du diable » car il garde obstinément les yeux rivés au sol, sans jamais regarder le ciel et il est « bête de sexe » car, selon la tradition, il est le seul de son espèce à copuler pour le plaisir et non pas uniquement pour la reproduction. Circonstance aggravante, le cochon ropsien est agrémenté d’une queue dorée à l’or fin, mêlant ainsi dans sa seule image le vice et la vénalité.

Véronique Leblanc
Dans Félicien Rops : vie et œuvre, Stichting Kunstboek, 1997.

Pornocratès, 1878
Aquarelle, pastel et gouache, 75cm x 48cm, Ministère de la culture et des affaires sociales de la Communauté française de Belgique. Dépôt au musée provincial Félicien Rops, Namur.
Date de Publication : 20/04/2006