Le choix des œuvres a été établi en collaboration avec les conservateurs de chacun des musées pour laisser surgir un dialogue entre les œuvres et questionner la spécificité même de l’art outsider.Ces dialogues et confrontations tentent de prouver que l’art véritable naît toujours dans les interstices, là où on ne l’attend pas, à cheval sur toutes les divisions et catégories existantes. Il relève toujours, non de la norme du moment, mais de l’exception.
Par ce projet, Art en Marge désire permettre à cet art, encore trop souvent ghéttoïsé, de participer davantage au circuit officiel et de toucher un public plus large.
Depuis 1987, Hugues Joly partage son temps au centre « la Pommeraie » entre l’horticulture et l’atelier créatif. Ses peintures colorées et expressives incarnent sa fascination pour la femme, pour le nu féminin. Il interprète ce thème ancestral de l’histoire de l’art avec délectation et avec une liberté déconcertante.
Ses toiles sur lesquels se déploient des corps féminins aux couleurs vives accentuées par un cerne noir, sont une ode intense au corps féminin.
Enfant, Hugues Joly allait régulièrement chez sa marraine à Namur. Une rue l'intriguait à cause de son nom: la rue Félicien Rops.
Bien des années plus tard, alors qu'il dessine depuis quelques temps dans l’atelier créatif, il découvre dans une librairie un livre sur Félicien Rops qu'il achète immédiatement. Assez étonnamment, cet artiste au nom qui lui rappelle des souvenirs, partage la même passion pour le nu.
Après la visite du musée Rops à Namur, Hugues Joly est définitivement conquis et intrigué par ce mélange hétéroclite du profane et du religieux, du nu et du sacré. Hugues Joly a revisité plusieurs œuvres de l’artiste namurois, dont La Tentation de Saint-Antoine. Pas étonnant qu’il ait choisi cette iconographie particulière : une femme crucifiée. Il l’a dépeinte auréolée et maculée de sang, se présentant au spectateur dans toute sa vérité. Il a actualisé et désacralisé le thème en transformant la femme sur la croix en icône du Pop-Art, en véritable top-modèle.
Rops et Joly nous confrontent à leur interprétation très personnelle de cette iconographie singulière. Plus d’un siècle les sépare, mais la vigueur et la force de leur expression les rassemblent pour rejoindre l’universalité de l’art.
Carine Fol, directrice de Art en Marge, asbl