Accueil Le musee L'actualité du musée
Plan du site Suite
Félix Godefroid et Félicien Rops
A l'occasion de l'exposition Poste Restante à Namur. Félicien Rops “Indécrottable“ Namurois et du Concours de Harpe Félix Godefroid, le Musée Rops vous propose un concert le 15 décembre.

Dieudonné-Joseph-Guillaume-Félix Godefroid est né le « vingt-cinquième jour du mois de juillet 1818 à neuf heures du soir », à Namur. Descendant d’une famille de musiciens liégeois, son père, Dieudonné-Wéry Godefroid (1779-1836) y avait ouvert une école publique de musique en 1809, avant de prendre la tête du théâtre lors de son ouverture en 1825. Tombé en faillite dès la première saison, Dieudonné Godefroid fut contraint de chercher du travail à Boulogne-sur-Mer où il pouvait compter sur une riche colonie anglaise. Pendant ce temps, son épouse vivait à Douai où leur fille Cléophile avait été engagée comme cantatrice. Félix y parut parfois à ses côtés dans des rôles d’enfant. Il y poursuivit sa formation musicale auprès de Pierre Lecomte et donna son premier concert en 1827. C’est vers cette époque que Dieudonné aurait incité Félix à préférer la harpe au piano, l’assurant qu’il n’aurait pas ainsi « à redouter de trop redoutables rivaux ».
Le 11 octobre 1832, Félix Godefroid est admis au Conservatoire de musique de Paris, où l’avaient précédé ses frères aînés Alphonse, violoniste, et Jules, également harpiste. Félix obtient son second prix de harpe en 1834, dans la classe de François-Joseph Naderman, ardent défenseur de la harpe à simple mouvement. Convaincu par la harpe à double mouvement que Sébastien Érard avait brevetée en 1811, Godefroid décide de quitter le Conservatoire et de se perfectionner auprès de Théodore Labarre et, peut-être, d’Elias Parish-Alvars. En 1840, Félix rencontre Pierre Érard dont il deviendra l’ami et l’ardent défenseur. Le facteur le présente à Franz Liszt qui l’invite à le suivre en Grande-Bretagne. Au siège londonien de la maison Érard, Godefroid travaille avec les techniciens et reçoit une nouvelle harpe perfectionnée dans le jeu des pédales et dans le mécanisme des cordes.
Entre-temps, Godefroid s’est lancé dans la composition. Il se consacre d’abord à la musique de chambre où il témoigne son admiration pour les « classiques » et pour Beethoven, Schubert et Mendelssohn en particulier. En 1841, il compose une Sonate pour violoncelle et piano, sans doute à l’intention de son ami François-Joseph Servais. Moscheles, Sivori et Piatti font entendre en 1845 à Londres ses deux Trios à clavier. Dans le même temps, il publie ses premières pièces pour la harpe et se produit en tournée en Belgique, aux Pays-Bas et en Allemagne. En 1847, Félix Godefroid s’installe à Paris et se décide enfin à y débuter. Son succès est fracassant, comme en témoigne Hector Berlioz : « On compare le talent de M. Godefroid à celui de Parish-Alvars, le roi des harpistes : il n’y a rien d’exagéré dans cette appréciation. M. Godefroid, maître absolu de son instrument, est de force à ne redouter aucun parallèle ». Il se produit devant le roi Louis-Philippe qui le félicite après son interprétation de la Danse des sylphes. Il joue chez Pleyel, chez Érard et à la Société des concerts du Conservatoire, avec des partenaires aussi illustres que Rachel, Giuditta Grisi, Adelina Patti, Pauline Viardot, Joachim, Vieuxtemps ou Thalberg.
Durant ces années, son talent suffit à rendre une véritable vogue à un instrument qui tombait devant le succès sans cesse grandissant du piano. Plus tard, son disciple Hasselmans rendra hommage à son action : « Labarre crut pouvoir suivre ce courant ; ses compositions marquent une tendance évidente à vouloir assimiler la harpe au piano ; ce fut une faute. Félix Godefroid sut mieux comprendre son instrument, et, ne lui demandant pas plus qu’il ne peut donner, il se contenta de mettre en valeur ses qualités exquises de finesse et de sonorité. C’est donc à lui, en grande partie, que revient le mérite d’avoir conservé en France le goût d’un instrument dont le timbre, tantôt moelleux et doux, tantôt argentin et clair, se fond toujours si artistiquement dans la polyphonie de l’orchestre ».
C’est vers 1850 que Godefroid entame la publication d’œuvres pour piano. Son ami Fétis rappelle qu’il « était parvenu au point de jouer la musique la plus difficile ». Que ce soit pour la harpe ou pour le piano, Godefroid s’illustre avant tout dans des pièces qui relèvent de la musique de salon par leurs dimensions réduites, leurs codas brillantes, leur recherche de pittoresque romantique, mais aussi par leur élégance mélodique et leur harmonie délicate. Antoine-François Marmontel, Francis Planté ou Louis Diémer inscrivent ses œuvres à leur répertoire. César Franck fera travailler La prière des bardes à Henry Duparc et Georges Bizet choisira d’interpréter Les soupirs lors de son premier concert public, en 1852.
La gloire de Godefroid est alors à son sommet. En 1858, son opéra La harpe d’or est donné au Théâtre-Lyrique. Il multiplie les tournées en province comme à l’étranger et, au printemps 1874, se produit à Florence, Milan, Rome et Naples, où il répond à dix-huit rappels. Pourtant, il n’est pas épargné par les drames personnels : il perd son fils unique William en 1873 et son épouse Elisabeth Bowles en 1877. Depuis 1860, Godefroid s’est lancé dans la composition d’œuvres religieuses et la messe qu’il écrit pour les funérailles de sa fille Jeanne en 1881 sera chantée par Tamberlick. En 1882, il termine la composition de son opéra La fille de Saül qui sera créé lors des fêtes que sa ville natale organisera en son honneur en 1887.
Ses publications attestent alors un intérêt croissant pour la pédagogie. Il publie son Étude de concert en mi bémol mineur pour harpe en 1878, sans doute son œuvre la plus célèbre, et, en 1891, Mes exercices pour la harpe. Désormais considéré comme le meilleur harpiste de son temps, Godefroid prodigue ses conseils à de nombreux disciples, comme le Gallois John Thomas ou le Liégeois Alphonse Hasselmans. Au mois d’août 1894, conjointement avec celui-ci, Godefroid sollicite Gustave Lyon, directeur de la firme Pleyel, afin qu’il se lance dans la fabrication de harpes chromatiques à pédales. Ses dernières compositions montrent qu’il avait parfaitement suivi l’évolution musicale de son temps : couleurs instrumentales et surprises harmoniques ne sont pas sans rapport avec l’univers debussyste. Félix Godefroid meurt, le 7 juillet 1897, dans sa résidence de Villers-sur-Mer, laissant un imposant catalogue de plus de 200 opus, illustrant tous les genres. En 1899, sa fille Julia, cantatrice et pianiste, épousera Adolphe-Édouard Sax, fils de l’illustre facteur.
C’est en août 1856 que Félicien Rops (1833-1898) dessina le portrait de Félix Godefroid. Il s’en inspira pour la charge lithographique qui parut, le dimanche 24 août 1856, dans le numéro 30 du journal satirique L’Uylenspiegel. Godefroid avait été invité à se produire à l’occasion des fêtes organisées par la ville de Namur en l’honneur du roi Léopold Ier. L’ami de Rops, Léon Marcq, rendit un vibrant hommage à « cet enfant de Namur, à qui sa harpe magique a conquis un renom européen » : « Félix Godefroid a exécuté d’une manière ravissante son morceau léger, aérien pour ainsi dire, du Réveil des fées ; cette éblouissante profusion de notes sonores et cristallines, ce bourdonnement harmonieux sur le fond duquel se détache une mélodie vague, à chaque instant interrompue, insaisissable et gracieuse comme les fées elles-mêmes, est une œuvre pleine de poésie et de couleur. — Il s’est encore surpassé dans Le carnaval de Venise ». Ce n’était certainement pas la première fois que Félicien Rops entendait parler du harpiste. En effet, tout laisse à penser que le père de Félicien, Nicolas-Joseph Rops (1782-1849), excellent pianiste lui-même, connaissait Dieudonné Godefroid depuis son installation à Namur. Avec ses amis, le bassoniste Karl-Ludwig Büch et le flûtiste Georges-André Angelroth, Nicolas-Joseph Rops comptait parmi les fondateurs l’association musicale créée à Namur en hommage à Jules Godefroid, tragiquement décédé en 1840. Toutes les semaines, les trois amis se réunissaient pour des séances de musique de chambre qui comptent parmi les premières émotions artistiques du petit Félicien : « J’ai été bercé tout jeune par des mélodies signées Beethoven et Mozart. Cela éveillait en moi tout un monde de choses étranges, fantastiques, je tâchais de leur donner un corps, et je couvrais les marges des partitions d’enroulements bizarres où se pressaient comme les dieux d’Obéron une foule d’êtres grotesques, sombres, mystérieux ou terribles, au milieu desquels venait cavalcader à toute bride Freyschütz – le chasseur noir du vieux Carlo Maria Weber ».
Manuel COUVREUR

Concert de harpe par Sophie Hallynck
le 15 décembre à 12h00
Prix : 5 euros(petite collation après le concert comprise)
Musée provincial Félicien Rops
rue Fumal 12 5000 Namur
081/220110
Date de Publication : 21/11/2006