Le 18 mars 1990, six tableaux de Rembrandt, Manet, Flinck et Vermeer,cinq dessins de Degas, un vase et un aigle napoléoniens furent dérobés au musée Isabella Stewaert Gardner de Boston. Isabella Stewaert Gardner qui avait vécu là avant de léguer la maison à la ville, avait expressément stipulé dans son testament que rien ne devait être touché après sa mort. A la suite du vol, les espaces que les tableaux occupaient sont donc restés vides. J’ai photographié cette mise en scène involontaire de l’absence et demandé aux conservateurs, aux gardiens et à d’autres permanents du musée de me décrire les objets disparus. – Sophie Calle, Disparitions, Actes SudLes souvenirs surgissent à partir de l'absence des objets d’art, à partir des traces qu'ils ont laissés dans la mémoire des témoins qui les ont côtoyés. Une mémoire qui varie selon la sensibilité de chaque observateur. Ainsi renaissent ces peintures, ces sculptures et ces objets disparus. Mais le souvenir transforme. Il déforme même, jusqu'à faire apparaître des visions diamétralement différentes d'une même œuvre. Deux acteurs, Sarah Antoine et Cédric Eckhout habiteront ce « vide ». Une « visite guidée » pour 30 spectateurs à travers des œuvres qui ne sont plus là. Dans la pénombre, ils font réapparaître, - furtivement -, à travers des gestes, à travers les évocations et les paroles de Disparitions, des objets qui n’ont peut-être jamais existé tels quel, navigant librement entre objets réels et imaginaires. Comme pour la visite d’une exposition, le groupe de spectateurs traverse un musée nocturne, mais illuminé par la force de l’imaginaire. Interprétation : Sarah Antoine et Cédric Eeckhout Une installation scénique de Hauke Lanz Assistant à la mise en scène : Sarah Debattice Une création du Théâtre de Namur et de la Compagnie En compagnie des loups.
Photo Philippe de Battice